Une table d’autel de l’ancienne abbaye d’Aniane redécouverte

Les fouilles archéologiques menées par le CNRS (2011-2016) à l’ancienne abbaye d’Aniane ont dévoilé les vestiges de la toute première abbaye disparue. Parmi eux, de magnifiques sculptures romanes du 12e siècle qui ornaient son cloître. Lors d’une conférence proposée le vendredi 13 juin dernier, en ouverture des Journées européennes de l’archéologie, Laurent Schneider, l’archéologue qui a mené les fouilles, a proposé une conférence dédiée à ce sujet. À cette occasion, une table d’autel récemment cédée par un habitant d’Aniane, Pierre Peylhard, a été dévoilée.

Un don à célébrer :

En 2024, un habitant d’Aniane, Monsieur Pierre Peylhard, a contacté Laurent Schneider afin de lui faire part d’une trouvaille : chez lui, dormaient deux fragments de calcaire sculptés que M. Peylhard, amateur d’archéologie n’a pas manqué d’identifier comme médiévaux. La machine est alors lancée, les services de
l’État (DRAC-Conservation régionale des monuments historiques (CRMH)) ainsi que le service Patrimoine du Département de l’Hérault sont contactés afin de participer à l’expertise de ces fragments.

Zoom sur la table d’autel :

Laurent Schneider identifie les 2 fragments comme étant deux parties d’une table d’autel.

Dimensions totales de l’objet : 62 cm de long sur une profondeur maximale de 24 cm.
La tranche de l’objet présente des motifs sculptés d’enroulements asymétriques. La face inférieure
de la table présente quant à elle des traces d’outils signalant peut-être une retaille tardive.
La nature des décors et la qualité de la sculpture, relativement fruste, ainsi que de récents entretiens entre Laurent Schneider et des spécialistes en archéologie et histoire de l’art permettent de proposer une datation provisoire à ce stade de l’enquête : Xe – XIe siècle, en tout cas, période préromane.

Une étude plus approfondie pourrait permettre de faire remonter cette datation au IXe voir fin du VIIIe
siècle (date de fondation de l’abbaye).

Suite à l’expertise des fragments, la DRAC-CRMH a proposé de protéger la table d’autel au titre des
monuments historiques (inscription le 21/10/2024).

Le réemploi de blocs sculptés dans les habitations est un phénomène courant en vallée de l’Hérault notamment à Aniane, mais aussi partout en France. Les habitants sont invités à contacter les équipes de
la CCVH pour procéder à un inventaire (photos et mesures) et éventuellement réaliser un don à la CCVH pour conserver et valoriser ce vestige patrimonial.


Les fouilles archéologiques (2011-2016)

Dès 2011, une équipe d’archéologues du CNRS et de l’Université d’Aix-Marseille a investi les lieux
et tenté de retrouver les traces de l’abbaye carolingienne et médiévale détruite en 1562. Les vestiges
médiévaux, masqués par les monuments des XVIIe et XVIIIe siècles sont peu à peu apparus, ténus mais révélateurs de l’organisation spatiale du complexe monastique édifié au Moyen-Âge.
Sous la direction de Laurent Schneider, 5 années de fouilles archéologiques passionnantes pour
les chercheurs comme le grand public se sont déroulées jusqu’en 2016 avec la mission de mieux
comprendre la genèse de ce qui fut l’un des plus grands monastères languedociens.

Destruction et dispersion du cloître roman d’Aniane

Suite aux dégâts des guerres de Religion, nombre de blocs sculptés du cloître médiéval ont été
récupérés et remployés dans la reconstruction de l’abbaye elle-même, dans les constructions du village postérieures au XVIe siècle, mais aussi peut-être dans les communes voisines d’Aniane.
Les pierres calcaires servant à la fabrication de la chaux (qui s’obtient par calcination du calcaire),
une grande partie des blocs a probablement servi aux chaufourniers.
Certaines de ces pierres finement ouvragées se sont probablement retrouvées dans la collection
du juge de paix Pierre-Yon Vernière qui, au début du XIXe siècle, collectionne les blocs sculptés épars provenant des abbayes de Gellone et d’Aniane. Il les agence dans un jardin « romantique » tout proche de l’ancienne abbaye. À sa mort (1875), ses héritiers vendent les 150 pièces à un antiquaire parisien. En 1906, elles sont revendues à un sculpteur et collectionneur américain,
George Grey Barnard, qui cède finalement la collection au Metropolitan museum of arts (MET) de
New-York en 1925. En 1938, les pièces sont transférées au Cloisters museum, annexe du MET.
Les sculptures du cloître roman d’Aniane ont donc été remployées sur site, détruites ou éparpillées.
Néanmoins, quelques-unes d’entre-elles ont été découvertes à l’occasion des fouilles de l’abbaye,
permettant de confirmer l’existence d’un cloître roman finement orné à Aniane, probablement
édifié à la même période que celui de l’abbaye de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert.

Les collections archéologiques de la vallée de l’Hérault :

Suite aux fouilles, la CCVH hérite de collections archéologiques qui révèlent, via quelques fragments de sculptures, la splendeur passée du cloître roman d’Aniane. Les fragments découverts lors des fouilles à Aniane ont été prélevés, étudiés, et pour certains protégés (classés) au titre des monuments
historiques.
Aujourd’hui conservés dans l’Archéothèque de Vendémian, ces blocs ont vocation à retrouver
leur berceau d’origine grâce au projet d’implantation de l’Archéothèque dans les murs de l’abbaye, porté par la CCVH en lien avec le Service régional de l’Archéologie (DRAC).
Une Archéothèque est un dépôt et centre d’étude archéologique où sont conservés, dans des conditions propices, des objets archéologiques. C’est une structure qui aura vocation également d’espace de médiation patrimoniale, auprès du grand public et des scolaires (Service éducatif).

À la recherche des sculptures du cloître

De nombreuses sculptures ayant été éparpillées, l’objectif de la CCVH est de repérer et inventorier les blocs qui pourraient se trouver encore chez des particuliers, habitants du territoire.
Les traces du cloître et plus largement de l’abbaye médiévale étant ténues, il y a un fort enjeu
scientifique à identifier tout élément lapidaire ayant pu faire partie du complexe monastique détruit lors des guerres de Religion, voire à les conserver dans l’Archéothèque afin de veiller à l’intégrité des collections issues de la destruction du cloître médiéval d’Aniane.
Ces éléments aideront les chercheurs à reconstituer peu à peu la physionomie du cloître, mais
aussi à identifier, peut-être, l’origine des ateliers ayant travaillé à la taille des pierres.
Le travail de recensement des fragments, entrepris par les archéologues de l’équipe de Laurent
Schneider lors des différentes campagnes de fouilles, peut se poursuivre aujourd’hui avec l’aide de la population.
L’inventaire et l’étude les plus exhaustifs possibles des pierres sculptées remployées dans le village
d’Aniane et les villages alentours, en lien avec l’étude des sculptures de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-
Désert, permettraient une meilleure connaissance de ces collections, la restitution de la physionomie
des deux cloîtres et l’étude des programmes iconographiques des cloîtres permettant sans
doute d’ouvrir un nouveau pan de recherche, et de valorisation auprès des publics.